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Cosmic Trip Machine : l'entrevue exclusive
![]() Cet automne 2008 aura été l’occasion pour moi de découvrir ce jeune duo belge qui vient de proposer un magnifique album de rock psyché, Lord Space Devil. Aussi, afin de vous faire partager ce coup de cœur et mieux vous faire connaître ces deux musiciens, j’ai décidé de les rencontrer pour savoir qui se cachait derrière Lord Space Devil. Entrevue sans fard ni détour… Embarquez avec moi sur la Cosmic Trip Machine ! Phil : Will et Majnun, vous formez le duo Cosmic Trip Machine qui vient de sortir un album, Lord Space Devil, sur lequel nous allons revenir. Mais auparavant, présentez-vous à nos lecteurs. Majnun : Je suis guitariste depuis une quinzaine d’années, avec un parcours de guitare classique avant de passer au monde du rock, où j’ai débuté dans divers obscurs combos de hard-rock tout en écoutant des genres musicaux plus diversifiés. Will Z. : J’ai également commencé par un parcours classique. J’ai étudié la guitare et le chant, puis je me suis dirigé vers la musique contemporaine et l’improvisation, avant de plaquer tout ça pour créer mon premier groupe de rock. Quelques années plus tard, avec le claviériste, j’ai lancé une deuxième formation pour laquelle Majnun a enregistré quelques guitares. Je l’ai jugé bien meilleur guitariste que moi et ai donc adopté la basse. Le groupe a existé sept ans. Nous y avons abordé et expérimenté plusieurs styles (pop psychédélique, progressif, électro-rock, heavy 70’s…) avant de nous séparer. Phil : Comment définissez-vous votre musique et quelles sont vos principales influences ? Will Z. : Notre site dit « Experimental heavy psychedelic folk », mais j’ignore si c’est la réalité. Majnun : Pour simplifier, je dirais que notre musique peut être qualifiée de rock psychédélique, car les diverses influences que l’on y apporte, si elles ne sont pas stricto senso psychédéliques, ont un lien marqué avec ce courant, en partagent certaines caractéristiques, ou encore en découlent. Par exemple l’influence d’Ennio Morricone se fait sentir via la musique composée pour les giallos italiens de la fin des 60’s et du début des 70’s, mélangeant avant-garde, grooves jazz, expériences sonores acides, pour au final sonner psychédélique. Phil : Vous avez 27 ans et votre musique démontre de sérieuses connaissances sur le rock des années 60 et 70. Vous avez toujours écouté ce style de musique ou bien vous avez vécu différentes expériences musicales qui sont venues enrichir votre patrimoine ? Majnun : J’ai commencé par écouter à l’adolescence les groupes issus du grunge et du rock de cette époque (RATM, Nirvana, Guns N’ Roses…) et les incontournables du rock (Beatles, Pink Floyd, Led Zeppelin…). Will Z : J’ai eu la chance de toujours baigner dans un univers musical rock. Comme Majnun, c’est en effet à l’adolescence que j’ai redécouvert tous les groupes de mon enfance sous l’impulsion de l’explosion rock des 90’s. Majnun : Avec le temps, nos intérêts se sont plus largement centrés sur une certaine période et certains genres, comme le psyché, le progressif, le hard des origines, le folk, le jazz-rock, etc. Phil : A quand remontent vos premiers émois musicaux ? Will Z. : Mes premiers souvenirs sont tous musicaux. Je devais avoir 4 ans, peut-être moins, je me revois effrayé à l’écoute des bruitages de Dark Side of the Moon, dans le salon en train de faire un derviche tourneur sur la fin de I want you (she’s so heavy) des Beatles ou encore fasciné par le theramin à la fin de Good Vibrations. Majnun : Si mes souvenirs sont bons, vers mes 12-13 ans, on ramena à la maison le « Remasters » du Zep, qui fut ma « révélation ». Phil : Quels sont les musiciens qui vous ont « transmis le flambeau » pour jouer de la musique ? Majnun : Les personnalités qui m’ont le plus marqué sont d’abord Jimmy Page et Led Zeppelin, puis plus tard John McLaughlin avec le Mahavishnu Orchestra. Ritchie Blackmore, Clapton avec Cream, Miles Davis, Zappa et Daevid Allen de Gong ont aussi été importants. Will Z. : J’ai commencé par les Beatles (de Revolver à Abbey Road) et les Beach Boys. Je suis ensuite devenu un mordu de Pink Floyd et plus encore de Syd Barrett, avant de m’intéresser aux sonorités du psychédélisme, du progressif et du folk. Mes derniers chocs musicaux sont, entre autres, Frank Zappa (tout simplement tout !), Strawberry Alarm Clock, Gong, King Crimson, Magma, Ramases et Sixto Rodriguez. Phil : Quel est votre rapport à la musique moderne à présent ? Écoutez-vous des groupes de la nouvelle génération ? Majnun : Certains, Mars Volta, Sacred Geometry, Gov’t Mule, parfois dans un style assez différent du nôtre : du stoner avec Spiritual Beggars, Electric Wizard. Il y a toujours de bonnes choses aujourd’hui, mais il faut faire plus d’efforts pour les découvrir. Will Z. : Parfaitement d’accord avec Majnun. Certains artistes de la scène électronique proposent également une alternative moderne du psychédélisme. Je pense à Massive Attack et Chemical Brothers, par exemple. Phil : A l'écoute de Lord Space Devil j'ai tout de suite été frappé par l'aspect cinématographique de votre musique. J'ai même poussé le vice jusqu'à substituer vos morceaux à la musique du film Kill Bill de Q.Tarantino. Et j'y ai trouvé une grande cohérence par rapport aux images. Quel est votre rapport au cinéma et as t'il un impact sur votre créativité ? Majnun : Le cinéma, notamment celui de genre, est une grande influence pour nous. Nous sommes passionnés par les vieilles bandes d'horreur, par le cinéma d'exploitation, ainsi que par le nouvel Hollywood des 70's. C'est très intéressant de retranscrire ces influences visuelles en musique, cela permet des morceaux parfois plus abstraits, mais à l'atmosphère néanmoins attirante. Will Z. : Dans le livret de notre album, nous avons d'ailleurs indiqué qu'il s'agissait d' « une bande-son imaginaire ». Notre prochain projet sera un hommage direct aux bandes originales du cinéma bis que nous adorons. Phil : Votre album semble bénéficier d'une popularité croissante, en témoigne le nombre de téléchargement en augmentation constante sur votre site. C'est une démarche encore inédite pour un artiste de proposer son album gratuitement sur le Net en cette période de croisade contre le téléchargement illégal … Qu'est ce qui a motivé cette décision et pourriez-vous nous donner votre position à ce sujet ? Will Z. : La personne qui a le mieux résumé le concept de Lord Space Devil, c’est JP, notre ingénieur son (que nous considérons un peu comme le troisième membre du groupe). Il a dit que c’était notre projet « Allez tous vous faire foutre ! » parce que cet album a été enregistré avec une liberté totale. Cela nous semblait donc logique de le proposer librement sur Internet et le bilan, après ces deux mois de mise en ligne, est sacrément positif. Majnun : En effet, au départ ce projet était un exutoire, une libération après le split de notre groupe précédent. Nous n’avions aucune ambition particulière sinon celle de faire un bon enregistrement et de nous amuser, donc pas de visées carriéristes et financières. Ainsi, nous l’avons mis en ligne gratuitement, préférant avoir un retour plus grand et toucher des gens, plutôt que de gagner de quoi s’acheter 3 bières au café du coin… Phil : Votre album sera-t-il disponible à terme dans les grandes enseignes de distribution ou sur le net en téléchargement payant ? Will Z. : Si Lord Space Devil intéresse quelqu’un à ce niveau, pourquoi pas ? Mais j’émets d’énormes doutes là-dessus. Dernièrement, nous avons été contacté par un label marquant son intérêt pour notre travail. Pourtant, lorsque nous lui avons envoyé notre album par la poste, nous avons quand même récolté la lettre standard type expliquant que nous ne correspondions pas à l’orientation de leur catalogue. Que voulez-vous ? Les voies de ces Messieurs de l’Industrie du Disque sont impénétrables. Majnun : Tout est possible, rien n’est certain. Cela n’est néanmoins pas du tout à l’ordre du jour. Phil : Vous êtes en répétition depuis fin juin pour passer à la scène, des dates de concerts sont-elles déjà planifiées ? Pouvez-vous déjà nous dire de quoi sera constitué votre set-list ? Will Z. : Le groupe prépare deux formules différentes pour se produire sur scène : l'une, électrique, électronique et envoûtante à base de boucles en direct, de programmations expérimentales et de drones ; l'autre, acoustique, minimaliste, intimiste et folk. Majnun : La set-list acoustique sera composée de morceaux de l’album réadaptés, comme Strange is laughing… ou Mariachi, de nouvelles compositions et de reprises. Pour le set électrique, nous travaillons sur trois longues pièces intégrant différentes parties de l’album. Phil : Quel a été votre processus de création pour Lord Space Devil ? Majnun : Les obligations que nous devions honorer avec le projet précédent (dernier concert 2 jours avant la session d’enregistrement), ne nous ont pas permis de répéter quoi que ce soit pour ce projet, ce qui fut finalement une grande source de fraîcheur. Certains morceaux étaient dans nos tiroirs depuis des années, mais ne convenaient pas aux contextes dans lesquels nous jouions. D’autres ont été composés juste avant le studio, voire, dans le cas de « Plastic Hippie », directement en studio. Beaucoup de morceaux ont été métamorphosés lors des sessions. Will Z. : Exact. Nous avons chacun amené des titres que l’autre a découverts et arrangés. Majnun a amené des concepts sonores ainsi que des pièces acoustiques et classiques. Pour ma part, j’ai apporté des morceaux composés en 2000 lors d’une expérience sous LSD. Malgré le travail important sur ces chansons durant ces huit années, je tenais à conserver une certaine spontanéité. Aussi, je n’ai même pas pris la peine de réécrire certains accords bizarres, irrégularités rythmiques ou paroles incompréhensibles. Phil : Votre album fait preuve d'une grande diversité. Même si le fil conducteur reste le rock psyché, on passe avec une grande facilité d'un morceau pop à la Shocking Blue à une digression guitaristique Van Halennienne pour rebondir sur un morceau acoustique digne de Steve Hackett ou John McLaughlin ! Le travail sur le tracklisting de l'album a-t-il été source de brainstorming important entre vous deux ? Will Z. : Les chansons écrites sous LSD sont rapidement devenues le fil conducteur de l’album, son concept, celui d’un voyageur qui traverse des contrées inexplorées et rencontre des personnages étranges. Majnun a intégré sa galerie de portraits aux miens. Majnun : Nous avons bien sûr travaillé sur le track-listing, pour essayer de faire le lien entre des « blocs musicaux » aux thématiques diverses. Le lien entre ces différents genres, que nous ressentons comme naturel, peut ne pas apparaître aussi facilement à d’autres. Il fallait donc ménager des « accès ». Phil : Pour finir, citez-nous chacun vos 3 albums préférés, ceux que vous emmèneriez sur une île déserte. Majnun : « Birds of fire » (Mahavishnu Orchestra), « Led zeppelin I », pour le troisième, c’est plus dur, trop de concurrence, c’est par phases… Will Z. : Trois albums, c’est peu ! Disons « Piper at the gates of dawn » (Pink Floyd), « Smile » (Beach Boys) et « Uncle Meat » (Mothers of Invention). Si vous me reposez la même question, dans une heure, il est fort probable que mes trois choix seront différents. Phil : L'avenir de Cosmic Trip Machine ? La scène ? De nouvelles idées pour alimenter un nouveau projet discographique ? Majnun : Continuer à monter les deux sets, faire évoluer notre son, jouer dans des endroits adaptés à notre musique et pourquoi pas enregistrer le résultat. L’année prochaine, nous allons nous atteler à un album hommage à Vampyos Lesbos et autres films « pretty groovy ». Nous avons déjà le matériel, nous allons bientôt nous mettre aux arrangements, cela risque d’être un sacré melting-pot musical. Will Z. : Oui, nous sommes vraiment impatients d’enregistrer cette fausse bande-originale de film érotique des 70’s. Nous allons également tourner le mois prochain un clip qui sera disponible sur le net illustrant la plage titulaire de Lord Space Devil. Nous ne vous en disons pas plus, mais le résultat risque d’être sacrément délirant ! ![]() Cosmic Trip Machine : la chronique de l'album Les passagers du vol 2008 pour la galaxie Psychedelia sont priés de détacher leur ceinture, le voyage cosmique va bientôt commencer. Nous marquerons 18 arrêts avant d’arriver à destination et la durée totale de la croisière sidérale sera de 52 minutes. La météo à destination est belle, beau soleil vert, quelques nuages mauves couvriront juste les océans rouges qui bordent la capitale Chiaroscuro. Les commandants de bord Will et Majnun vont bientôt passer parmi vous pour vous distribuer vos cachets de Lord Space Devil … let’s get relax ! Attention, amis lecteurs, amies lectrices, chef d’œuvre ! Vous allez embarquer pour un voyage sonique inédit. Si votre goût pour la musique des années 60 et 70 est indemne, que vous appréciez tout autant les sonorités modernes, alors cet album ensoleillera votre automne. Will Z. et Majnun, deux jeunes musiciens passionnés, ont décidé de revisiter sous un jour novateur leurs immenses connaissances du folk rock psychédélique. Au travers des galaxies traversées, vous croiserez Syd Barrett sur son étoile jammant avec John McLaughlin, mais vous pourrez apercevoir également la comète Van Halen ou Shocking Blue pas très loin de Venus. Ce disque fait la part belle aux guitares, acoustiques et électriques, rehaussées de sitar et percussions planantes. Le travail sur les voix renforce très bien l’ensemble pour vous faire planer eight miles high. Soyez tout de même vigilants après l’atterrissage, prévoyez une période de réadaptation avant de partir vers un autre voyage musical… ou faites le voyage retour avec Lord Space Devil. Vous n’aurez pas envie de ressortir de cette expérience musicale riche et haute en couleurs, vous serez pris dans les brumes expérimentales arc-en-ciel et vous n’aurez plus qu’une envie. Y rester, encore et encore... Cet album est LA révélation de cette année, la synthèse absolue des meilleures références 60’s et 70’s sans verser une seconde dans le plagiat ou l’hommage obséquieux. Cosmic Trip Machine a une vraie personnalité artistique et porte haut les valeurs du rock et de la liberté musicale avec ce projet ambitieux. Vous l’aurez compris, finissez de lire ce numéro de Vapeur Mauve et allez vite vous procurer ce disque envoûtant ici : http://www.cosmictripmachine.be Philou «characters bang bamboo bleep blob bloc blunder bluster and get bogged down characters bang bamboo bleep blob bloc there’s no booze, boozer my brain goes like a bomb on the boulevard of jupiter there’s no booze, boozer and she appears on the right» Lord Space Devil Cosmic Trip Machine Philou (2008, sept.), Cosmic Trip Machine : l'entrevue exclusive, Vapeur Mauve, no 4, p. 36 ![]() |





